Ton nouvel album, Man on a Mission, est désormais disponible. Peux-tu nous raconter comment est née son idée et ce que tu voulais y exprimer ?
Ça faisait déjà pas mal de temps que The Devil Blues, mon groupe, n’avait pas sorti d’album dans la continuité discographique de ce qui était amorcé. Le dernier album date de 2019, juste avant le Covid, en fait. Grand Casino, c’est le dernier en date.
Puis j’ai fait un album hommage à Calvin Russell, qui m’a pris du temps, parce qu’il y avait beaucoup d’invités. Et aussi un album pour mon père pendant le Covid.
On a tourné avec ces deux projets. Mais je ne suis pas multitâche : je n’arrive pas à m’engager dans plusieurs albums à la fois. J’ai besoin de boucler chaque dossier pour pouvoir passer au suivant.
C’est mon collaborateur artistique de toujours, Nicolas Bonnière — guitariste d’Eiffel et de Dolly, mais aussi producteur et réalisateur — qui m’a dit : « Ce serait bien, maintenant, de penser à la continuité de The Devil Blues. »
Il m’a enfermé dans une petite maison à la Chaume, en face des Sables-d’Olonne, pendant l’hiver, et il m’a dit : « Tu n’en sortiras pas tant que tu n’auras pas les morceaux pour le prochain album, Man on a Mission. »
Et c’est ce que j’ai fait. Ça a été super de pouvoir me retrouver seul, de revenir dans un espace que je ne connaissais pas, juste avec une guitare et un dictaphone. L’album a commencé comme ça, très simplement, comme étaient composés les albums à une époque : de manière artisanale. Puis on a construit petit à petit la production de ce disque.
A man on a mission
Quelles ont été tes principales inspirations musicales ou personnelles pour cet album ? Peux-tu nous parler des musiciens qui t’accompagnent sur ce projet ? As-tu toujours les mêmes compagnons de route ?
Oui, le noyau reste le même : The Devil Blues, c’est Jimmy Montout à la batterie et Nicolas Bellanger à la basse. C’est un trio à la base, et depuis 2012 c’est la formule principale.
Parfois, sur certaines dates particulières, on a ajouté un clavier ou un harmoniciste, mais à la base, c’est ce trio-là.
Pour cet album, on a voyagé un peu ailleurs : j’ai voulu ramener des couleurs qui font partie de ma palette — des sonorités américaines, un peu de folk — tout en gardant bien sûr l’essence du blues.
J’ai donc étoffé les parties d’orchestre, avec plus de musiciens. Les Haggis Horns, qui ont travaillé avec Amy Winehouse, sont venus apporter leur touche.
J’ai aussi collaboré avec mon clavier Bennett Holland, qui a énormément contribué aux sons de vieux claviers : les Rhodes, les Wurlitzer, les B3, les pianos. Bennett va d’ailleurs probablement rejoindre le groupe sur scène.
Je voulais retrouver cette touche 70’s que j’aime chez des artistes comme Curtis Mayfield, ou des plus contemporains comme Tedeschi Trucks Band.
Et puis il y a Dominique, ma choriste, qui m’accompagne souvent. Elle est aussi batteuse. Lors des premiers showcases de l’album, elle était sur toutes les dates, et je pense qu’elle va compléter l’équipe live.
Souvent, on croit que les percussionnistes ne servent à rien, mais en fait ils apportent une vraie structure et une couleur unique. Dès qu’on met des congas sur certains titres — comme Could It Be Love — tout de suite, ça change tout. Ça devient vivant, organique, 70’s.
https://www.youtube.com/watch?v=pBXpH_958Ro&list=RDpBXpH_958Ro&start_radio=1
Quel instrument utilises-tu le plus souvent en studio et sur scène ? Enregistres-tu plutôt avec du matériel vintage ou moderne ?
Sur scène, forcément la guitare. En studio, ce qui compte pour moi, c’est la source : les instruments qu’on utilise. Je suis passionné par le son vintage. Pour moi, tout commence par le matériel.
La prise de son, le placement des micros, le choix de la caisse claire ou de la grosse caisse : tout ça définit déjà une couleur.
Bien sûr, aujourd’hui on ne peut pas se passer du matériel moderne, des cartes son, des ordinateurs…
Tu es connu pour ton son organique et blues. Comment travailles-tu la production pour garder cette chaleur ?
Grâce à l’utilisation d’instruments vintage et à la manière de les enregistrer. Le placement des micros oriente énormément la production.
En tant que producteur, je pense qu’il faut faire des choix dès le départ. Quand on laisse trop de portes ouvertes, on finit par ne plus savoir où aller.
Si tu prends une batterie « neutre », tu peux tout faire… mais tu ne prends pas de direction.
Pour moi, il faut assumer les choix de son dès l’enregistrement. C’est ce qui donne la couleur et la personnalité d’un album.
Le numérique et les plug-ins prennent de plus en plus de place dans la musique. Est-ce que tu les utilises ?
Ah oui, pour les traitements ! J’utilise plein de plug-ins de traitement, et il y en a d’excellents. Ce sont des outils formidables pour expérimenter.
Mais pour les instruments virtuels, honnêtement, beaucoup moins. Dans mon style de musique, ça ne colle pas.
Je travaille souvent avec Quentin Bachelet, un super producteur très orienté MAO. Il est à fond dans la musique à l’image, et il a tout : Moog, claviers, etc.
C’est génial parce que la modélisation rend accessibles des sons qui coûteraient une fortune en matériel réel.
Mais au final, l’important, c’est de se retrouver dans ce qu’on fait. Peu importe la méthode, il faut que le mix te corresponde.
https://www.youtube.com/watch?v=ZnSF3mr6JMU&list=RDZnSF3mr6JMU&start_radio=1
Si tu devais donner un conseil à un jeune musicien qui veut produire son premier album aujourd’hui ?
Bon courage ! (rires) Arme-toi de courage, vraiment.
Et surtout, engage-toi à fond dans ce que tu fais, seule la passion peut te guider.
Ne fais pas un album pour « sonner comme » quelqu’un. Prends un chemin personnel. On prend tellement plus de plaisir à livrer quelque chose de sincère qu’à copier ce qu’on entend tous les jours.
Et ce n’est pas parce que tu sonnes « comme » un artiste que les portes vont s’ouvrir.
Fais un projet qui vient de tes tripes, de tes influences, et pousse le bouchon le plus loin possible. Il faut que tu sois fier de ce que tu livres.
Les maisons de disques ont tendance à t’emmener vers ce qui marche au moment T, mais c’est déjà du passé. Les projets qui marcheront demain ne sont pas encore à la radio. Sois inspiré, mais reste toi-même.
Chez Green Musicians, on valorise l’occasion et le reconditionné pour limiter l’impact écologique de la musique. Et toi, as-tu une démarche écoresponsable ?
Oui, de plus en plus.
En tournée, on a arrêté les bouteilles d’eau en plastique : on a tous nos gourdes, il y a des fontaines, chacun garde son verre ou son gobelet.
C’est un petit détail, mais multiplié par le nombre de concerts, ça compte.
Pour le matériel, je m’intéresse beaucoup aux matériaux alternatifs au bois, comme l’aluminium ou le carbone, parce que la déforestation liée aux guitares, c’est un vrai sujet.
Et puis je cultive beaucoup les instruments vintage : j’achète très peu de neuf.
On est des acteurs du recyclage.
Tous mes amplis sont vintage — des modèles de 68 ou 70 — et mes guitares viennent souvent des usines de Kalamazoo.
Je n’ai pas surconsommé du matériel moderne, j’ai toujours réutilisé des choses qui avaient déjà vécu. Et ça, ça me parle.
As-tu des guitares ou du matériel qui te suivent depuis toujours ?
Oui. J’ai une Ibanez Made in Japan que mon père m’a offerte, celle du film Marche à l'ombre. C’est une acoustique à laquelle j’ai ajouté un micro, et je la joue encore.
C’est une guitare avec une histoire, un pedigree. Elle mérite de continuer sa route.
Ma première guitare électrique, c’était une Eagle en plexiglas. Je l’ai toujours.
Ce sont mes deux premières guitares, et je les garde précieusement.
À l’époque, les guitares étaient souvent mieux construites qu’aujourd’hui.
Plutôt que de les laisser dans un coin, je préfère les faire vivre.

Pour conclure, quels sont tes projets à venir ?
J’ai beaucoup partagé ces dernières années — avec Axel Bauer, CharlÉlie Couture, Popa Chubby, Taj Mahal… des moments extraordinaires en studio.
J’adore les collaborations, mais avec Man on a Mission, j’ai eu besoin de me recentrer un peu.
C’est peut-être temporaire, mais j’avais besoin de continuer mon propre chemin.
Ces collaborations m’ont énormément enrichi. Cet album est aussi le fruit de ces expériences, même quand je n’étais pas le chanteur principal.
Tout ça nourrit ma façon de voir la scène et de faire un disque.
Manu Lanvin Bataclan
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